Une question m’a été posée récemment : Comment notre héritage transgénérationnel peut-il influencer notre parcours de futurs parents ?
Ce sujet mériterait une vraie conférence !
C’est une question immense – bien trop riche pour être traitée en quelques mots.
Je vais tenter ici de poser un premier socle de réflexion, en sachant que chaque histoire est singulière, et que ce que je partage reste une réponse globale, à adapter à chacun·e.
Si vous vous reconnaissez dans une partie de ce qui suit : accueillez-le avec douceur. Il n’existe pas de bonne ou de mauvaise façon de traverser cela – seulement la vôtre, à votre rythme.
Ce que j’ai pu observer ces dernières années, c’est que la réponse à cette question se trouve souvent dans notre corps, reflet de notre inconscient.
Notre parcours vers la parentalité – qu’il s’agisse de concevoir, d’oser le désirer, ou simplement de se sentir prêt·e à accueillir un enfant – porte en lui bien plus que ce dont on se souvient consciemment. Il porte – entre autres – la mémoire de notre éducation, de notre vie fœtale et de notre lignée.
Je me concentrerai ici sur les deux derniers axes seulement, qui me semblent les moins explorés et les plus silencieux.

Ce que notre vie fœtale et notre histoire de naissance ont inscrit en nous :
Devenir parent, c’est inévitablement se retrouver face à l’enfant que l’on a été. Aux parents que l’on a eus – à ce qu’ils nous ont transmis, consciemment ou non, par leur façon d’être, d’aimer, d’être là ou de manquer. Nous nous construisons à travers ce que nous avons vu, ressenti et appris à leurs côtés. Et lorsque vient le moment d’envisager de devenir parent à notre tour, tout cela peut refaire surface – parfois de façon inattendue.
Mais cette histoire commence parfois bien plus tôt qu’on ne le croit.
Saviez-vous qu’en tant que femme, vous étiez déjà là, dans le ventre de votre grand-mère ?
Dès la vie fœtale, les ovaires du bébé se forment et constituent la réserve d’ovocytes qu’une femme gardera toute sa vie. Cela signifie que l’ovocyte à l’origine de votre naissance existait déjà alors que votre mère baignait dans le ventre de votre grand-mère. Vous avez donc, à un niveau cellulaire, été imprégnée des informations, des émotions, des stress captés dans cet environnement.
L’utérus est le creuset de bien des histoires.

Pour une femme, ce qui a été vécu et engrammé dans cet espace si particulier qu’est l’utérus peut parfois influencer la façon dont celui-ci pourra, plus tard, accueillir la vie à son tour. Si des expériences douloureuses – vécues par elle ou dans sa lignée – ont amené le corps à associer cet espace à un danger (que ce soit durant la grossesse ou lors de la naissance elle-même), celui-ci peut en avoir gardé une trace, souvent inconsciente.
(Et si cette réalité est propre aux femmes sur le plan biologique, les hommes portent eux aussi l’empreinte de leur propre naissance et de leur lignée !)
Dès que nous prenons place au creux du ventre de notre mère, certains de nos premiers « programmes émotionnels » commencent à s’inscrire. Le fœtus capte les vibrations émotionnelles de sa mère – les plus douces comme les plus complexes. Il peut percevoir tout l’amour qui l’entoure, mais aussi les stress vécus par ses parents dans leur environnement. (Aucune culpabilité à avoir, cela fait partie inhérente de la vie !)
Ces premières expériences posent les fondations de notre sentiment de sécurité intérieure – et c’est aussi dans les tout premiers instants après la naissance que se met en place ce que l’on appelle le réflexe d’attachement. Selon le contexte – une naissance difficile, une séparation précoce, un accueil peu sécurisant – ce réflexe peut parfois être mis à mal. Si nous-mêmes n’avons pas pleinement enregistré ce sentiment de sécurité de base, l’idée de devenir à notre tour un « port d’attache » pour un enfant peut, inconsciemment, générer du stress. Des peurs, des doutes, des blocages – émotionnels ou physiques – peuvent alors apparaître lorsque vient l’envie d’accueillir un nouveau petit être dans nos vies.
La bonne nouvelle (comme toujours!) : ces empreintes peuvent être accompagnées, libérées, transmutées. En kinésiologie notamment, nous pouvons venir réintégrer ces premières expériences pour que le corps retrouve ce sentiment de sécurité de base – afin d’accueillir sereinement la vie qui cherche à naître.

L’empreinte de notre lignée :
Au-delà de notre propre histoire de naissance, nous portons aussi en nous les mémoires de ceux qui nous ont précédés.
La science elle-même vient aujourd’hui éclairer ce phénomène. L’épigénétique montre que certains traumatismes vécus par nos ancêtres peuvent laisser une trace chimique sur nos gènes – un marquage qui peut se transmettre à la génération suivante. Mais être porteur d’une trace ne signifie pas qu’elle va nécessairement s’exprimer. C’est là que tout devient fascinant : ce marquage peut rester silencieux, ou au contraire s’activer, selon ce que nous vivons, l’environnement dans lequel nous évoluons, et même la façon dont nous percevons et interprétons le monde.

Mais au-delà de cette transmission biologique, il existe une autre forme de mémoire, plus inconsciente, plus invisible : celle de la loyauté familiale.
Pour rester relié à son clan, l’inconscient peut pousser à reproduire – ou, à l’inverse, à fuir de toutes ses forces – certains schémas vécus par ceux qui nous ont précédés. Par exemple, une femme dont la lignée a connu plusieurs générations de mères sacrifiées, ayant renoncé à leurs propres désirs pour leur famille, peut ainsi se retrouver face à une peur immense de devenir mère à son tour – sans bien comprendre pourquoi. Comme si devenir parent signifiait, inconsciemment, perdre sa liberté ou son identité.
À l’inverse, certains se retrouvent à reproduire un schéma sans le vouloir : par exemple, rechercher inconsciemment un partenaire qui pourrait abandonner, comme cela s’est joué ailleurs dans l’histoire familiale.
La psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval a une image pour décrire une réalité qui se joue parfois dans les couples qui rencontrent des difficultés à avoir un enfant. Pour elle, « l’enfant qui ne vient pas est parfois resté accroché dans les branches, dans les feuilles, dans les nœuds de son arbre généalogique. Ce n’est pas l’enfant lui-même qui pose problème. C’est la trame de l’histoire familiale qui demande, peut-être, à être démêlée. »

Derrière cette image se cache quelque chose de bien réel : la façon dont les mémoires familiales non résolues peuvent créer, à notre insu, un terrain de stress profond et silencieux.
Ce stress inconscient a un impact sur notre corps. Or, nous le savons aujourd’hui : le stress vient impacter notre équilibre hormonal, nos tensions physiques, notre système nerveux etc.
Même si nous souhaitons consciemment devenir parent, si l’inconscient hurle que ce projet est associé à un danger, il peut, en réponse – et pour nous protéger -nous faire ressentir des peurs difficiles à nommer, ou encore ne pas créer les conditions les plus favorables pour accueillir la vie.
Il reste dans un programme de survie hérité d’ailleurs – et qui n’attend, parfois, qu’une chose : qu’on lui montre que le danger est passé, et qu’il est en sécurité.
C’est exactement là que la kinésiologie trouve tout son sens – non pas pour promettre de « résoudre » une infertilité, mais pour soutenir le corps et lui permettre de se remettre en mouvement, vers ce qui cherche à naître. 🤍

En séance, concrètement :
En séance, certains thèmes reviennent plus souvent que d’autres lorsque la question de la parentalité est en jeu. Ceux que j’ai pu mettre en lumière dans mon mémoire de kinésiologie sur ce sujet sont les suivants :
Faire la paix avec son arbre — et (re)naître à soi-même. Identifier les loyautés invisibles qui nous lient à notre lignée, pour que la libre circulation de l’amour – et de la pulsion de vie – puisse à nouveau se faire. Il s’agit ici de reconnecter à ses vrais désirs, à ce qui nous appartient vraiment.
Recréer son nid. Lorsque l’inconscient n’a pas enregistré un sentiment de sécurité suffisant – dans notre propre histoire de naissance, ou dans celle de notre famille – il devient parfois nécessaire de retrouver cette sécurité en soi, avant de pouvoir envisager d’accueillir quelqu’un d’autre. En séance, nous travaillons à reconstruire cet ancrage intérieur.
Dire au revoir. Certains deuils, qu’ils nous appartiennent ou qu’ils appartiennent à notre lignée – un enfant perdu, un rêve abandonné – ont parfois besoin d’être reconnus et libérés avant que la vie puisse à nouveau circuler librement.
Ces thèmes ne sont pas une liste à cocher – chaque histoire est différente, et tous ne résonneront pas de la même façon pour chacun. Mais ils donnent une idée de ce qui peut se travailler, en profondeur, pour libérer ce qui empêche, parfois depuis des générations, de se sentir pleinement prêt·e à devenir parent.
Et maintenant ? 🤍
Si quelque chose dans ce que vous venez de lire a résonné – une peur que vous n’arrivez pas à expliquer, un blocage qui semble plus grand que vous – sachez que ce travail peut se faire, en douceur, à votre rythme.
La kinésiologie vient éclairer et libérer ce qui, bien souvent à notre insu, agit en nous depuis longtemps – pour que la sécurité et l’amour puissent réapprendre à circuler dans l’arbre, là où la peur les a un temps bloqués.
Je tiens aussi à rappeler que tout ce que je viens de partager touche à une dimension intérieure et inconsciente liée au transgénérationnel, pour répondre globalement à l’orientation de la question posée au départ – mais elle ne résume pas, à elle seule, tout ce qui peut influencer notre fertilité ou notre désir de parentalité.
D’autre part, notre exposition aux perturbateurs endocriniens, notre alimentation, le stress de notre quotidien, nos propres vécus et traumatismes, ou encore des causes purement physiologiques jouent aussi un rôle, parfois déterminant.
Tout cela reste interrelié – le corps, l’inconscient, l’environnement, ne formant jamais des sphères complètement séparées.
Et s’il y a une chose que ces dernières années de pratique m’ont apprise, et qui continue de m’émouvoir chaque jour, c’est celle-ci : rien n’est figé, rien n’est immuable. Ce qui a été enregistré peut se transformer.
Je crois sincèrement qu’il y a des cadeaux et des enseignements derrière chaque histoire de vie. Tout cela se traverse et s’accompagne.
Je vous souhaite, à toutes et tous, de trouver votre propre chemin vers la parentalité – quel qu’il soit, à votre rythme et dans la douceur.
Avec tout mon cœur,
Candyce 🤍
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